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Le dimanche 15 octobre 2006 La Cadillac blanche de Bernard Pivot : auto dérision Marie-Claude Fortin La Presse Collaboration spéciale
Le point de départ de ce roman-pamphlet: Bernard Pivot réunit quelques éminents représentants du monde littéraire au restaurant indien Shan, rue du faubourg Saint-Denis. La raison de ce branle-bas de combat: les écrivains doivent se mobiliser, leur métier est menacé par un mystérieux personnage, qui a pour nom Bookie Joe et que Pivot a l'intention de leur présenter.
À partir de cette prémisse farfelue, Alain Beaulieu va s'en donner à coeur joie, manipulant ses personnages comme des pantins. On songera inévitablement à cette scène mémorable de Trépanés, où Patrick Brisebois mettait en scène des auteurs québécois invités au Festival de poésie de Trois-Rivières. Sauf qu'ici, Beaulieu fait carrément se réincarner ceux qui sont morts et enterrés. Du Québec, entre autres délégués, Jacques Ferron, Victor-Lévy Beaulieu, François Barcelo, Dany Laferrière, Michel Tremblay, Gaston Miron, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Yves Beauchemin, Patrice Desbiens. De la France, Amélie Nothomb, François Weyergans, Jean-Paul Dubois, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Michel Houellebecq, Christine Angot, Françoise Sagan. À travers ce beau monde, Réjean Ducharme, déguisé en serveur, passe d'une table à l'autre en riant dans sa (fausse) barbe.
Tout cette affabulation romanesque n'est, bien sûr, qu'un prétexte à parler littérature, métier, avenir du livre, suprématie de la France sur le Québec, effet prescripteur de la télévision ("aujourd'hui, c'est Thierry Ardisson, Guy A. Lepage et Oprah Winfrey qui déterminent ce qui sera lu"), "fiction sur mesure" et "ère postlittéraire".
Critique d'un milieu qui n'entend habituellement pas à rire, La Cadillac blanche de Bernard Pivot est un étonnant patchwork fait de morceaux de livres, d'extraits de poèmes ou d'articles de journaux, de potins et de considérations littéraires. De l'ensemble ressort surtout la passion, contagieuse, de l'auteur pour la littérature québécoise, qu'il connaît manifestement très bien.
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